Voici une entrevue accordée par Lise, responsable du groupe Les BIPOS
" Cette maladie-là m'a coûté très cher… J'étais tellement malade que je n'ai pas pu élever mon fils. J'avais 19 ans, mon bébé avait 8 mois, et je suis partie de la maison avec pour toutes possessions 2 sacs verts, abandonnant mari et bébé. J'en ai longtemps voulu à mon mari. Ce n'est plus le cas maintenant. Je comprends. Et quand mon fils a eu 18 ans, je l'ai retrouvé. Il a maintenant 33 ans et c'est formidable de le voir, de voir ses enfants. Nous avons réussi à établir une bonne relation. "
Lise qui s'occupe du groupe d'entraide pour les personnes vivant avec un trouble affectif bipolaire, communément appelé maniaco-dépression sait de quoi elle parle. À 18 ans, elle commence à travailler et pas longtemps après, elle devient malade.
" Je ne dormais plus, j'étais exténuée. Je n'avais pas confiance dans les médicaments et refusais pour la plupart du temps de les prendre. . Mon médecin ne m'a pas dit ce que c'était le trouble affectif bipolaire. J'ai dû quitter mon emploi, parce que j'étais trop malade. "
Pendant près de 20 ans, Lise ne comprend pas ce qu'elle a, elle est en souffrance constamment, fait 4 dépressions majeures, elle monte et descend comme dans les montagnes russes. Elle sera hospitalisée 19 fois et à chaque fois, elle sort de l'hôpital découragée et incapable de gérer sa maladie.
Puis en 1994, elle entend parler du groupe d'entraide naissant " les BIPOS ". À partir de ce jour-là sa vie a changé.
" J'ai enfin rencontré au groupe d'autres personnes qui vivaient avec cette maladie. Grâce aux gens du groupe, j'ai appris à reconnaître les déclencheurs de ma maladie. C'est par eux que j'ai découvert les bons médicaments. Je me suis informée et j'ai trouvé des gens pour m'écouter. "
Puis, au fil des années, Lise qui continue de participer au groupe les BIPOS, décide de s'impliquer dans le groupe et d'en devenir la personne-ressource.
" Tant que j'aurai la vie et la santé, je vais continuer à m'occuper du groupe. Les gens s'aident en aidant les autres. "
Lise me parle du déroulement des rencontres du groupe qu'elle a instauré depuis qu'elle s'en occupe. Les rencontres ont lieu une fois par mois avec un thème différent à chaque fois. Tous les mois, elle fait un contact téléphonique avec les participants pour leur rappeler la rencontre. Il y a toujours des nouveaux qui s'ajoutent de mois en mois. Au début de la rencontre, Lise résume ce qui a été dit et fait au cours des rencontres précédentes, puis elle présente des outils en lien avec le thème de la rencontre. Les gens se documentent sur leur maladie et tous ses aspects : les médicaments, la dépression, la manie, la vie de couple, le sommeil, les pertes, le pardon, les amis, la période estivale, etc. Il n'y a pas de séance de défoulement négatif, les gens sortent des réunions avec des outils et de l'espoir.
" Et ça fonctionne! Je vois les résultats chez les participants. Ceux qui sont plus anciens dans le groupe servent d'exemples aux autres. "
À la question que je lui pose sur la participation des jeunes au groupe Les BIPOS, Lise explique qu'effectivement il y a très peu de jeunes gens dans le groupe. Elle se l'explique en disant,
" C'est malheureux à dire mais l'humain, ça lui prend des chutes et rechutes pour se décider à aller chercher de l'aide. "
Lise termine en disant :
" Être bipolaire, cela peut être extraordinaire si l'on connaît la stabilité, car les personnes bipolaires sont en général des êtres sensibles, créatifs, intelligents! "
Lise est quelqu'un d'engagée. Elle a réussi à se servir de son expérience avec la maladie pour aider sa communauté. Elle siège en ce moment sur plusieurs comités du Centre hospitalier Pierre-Janet.
Le groupe Les BIPOS se rencontre le deuxième mercredi de chaque mois au Pavillon juvénile du CHPJ, 20 rue Pharand à Gatineau (secteur Hull), salle S-18.
Propos recueillis par Monique Pellerin
21 janvier 2008