L'animation de groupe

Définition :

« L’animation c’est l’art de susciter une conscience de groupe chez chacun des participants dans la poursuite d’un objectif commun. » (Lamoureux, H., Mayer, R., Panet-Raymond, J. (1984). L’intervention communautaire. Éditions Saint-Martin, Montréal.).

 

L’animateur comme pilier du groupe

Au sens strict du terme, l’animateur est le « technicien » qui aide un groupe à bien fonctionner durant la rencontre. Que le groupe soit grand ou petit, un animateur est nécessaire. Sinon, le groupe tourne en rond, risque de sortir du sujet. ou risque qu'un participant prenne toute la place.

 

Il est important que la personne qui tient le rôle d’animateur soit clairement reconnue par tous comme tenant ce rôle, avec les prérogatives et les obligations qui s’y rattachent.

Dans un groupe d'entraide, les participants attendent de l'animateur qu'il fasse respecter les règles que le groupe s'est données et qu'il assure un climat accueillant, non jugeant et empathique où tous ont leur place.

L'animation, un travail de facilitation sur 3 dimensions

  • Le contenu, les idées
  • La procédure, la tâche
  • L'ambiance, les émotions, tout ce qui est dans le socio-affectif (dit ou non dit)

Rôle de l'animateur au niveau du contenu

  • Reformuler pour vérifier si l'on a bien compris
  • Interroger, pour aller vers la communication authentique (les 5 pourquois)
  • Faire des liens
  • Faire préciser pour ne pas avoir à deviner
  • Faire des synthèses
  • " Si j'ai bien compris..."
  • " Peux-tu préciser..."
  • " Ce qui vient d'être dit ressemble à ce que telle personne a dit. "
  • " En somme, il y en a qui ont eu telle expérience... et d'autres qui pensent que..."

Rôle de l'animateur au niveau de la procédure

  • Accorder la parole
  • Susciter la participation
  • Présenter les règles d'or du groupe
  • Présenter le sujet de la rencontre
  • Rappeler le sujet et le faire respecter
  • Suggérer des retours
  • " Vous pouvez vous exprimer, ou je crois que X avait demandé la parole avant..."
  • " Est-ce que d'autres personnes ont une expérience à partager, ou ont vécu des émotions semblables..."
  • " Si nous revenions à notre question..."
  • " Comment réagissez-vous à cela? "

Rôle de l'animateur au niveau socio-affectif, le climat, l'ambiance

  • Accueillir
  • Reformuler ou refléter
  • Relativiser
  • Permettre la détente par l'humour
  • Par l'écoute active
  • " J'ai l'impression que tu te sens..."

Adaptation de : St-Arnaud, Yves (1978).
Les petits groupes : participation et communication. Montréal : PUM et éd. CIM.

Animateur ou expert

Beaucoup de personnes confondent les fonctions d’animation avec celles de l’expert. Dans un groupe d’entraide, l’animateur n’a pas à agir en tant qu’expert. Il fait confiance à l’expertise des participants et à leur capacité de partage du vécu et de leurs expériences.

Il n’y a donc pas d’expert au sens strict du terme puisque l’expertise est chez les participants, dans leur cœur et leur tête.

Par contre, dans un groupe de soutien, l’animateur peut quelquefois agir comme expert, car il a préparé un contenu, des exercices, une communication théorique. C’est le côté formation du groupe de soutien qui ressemble à la fonction expert.

Mais encore une fois, l’expert a besoin de ses techniques d’animation s’il veut favoriser l’échange, la participation et encourager un climat détendu et interactif.

Trois styles d'animateurs

Chaque animateur de groupe fait son travail d’animation selon son tempérament : certains sont débonnaires, d’autres autoritaires, d’autres conciliants, etc. Cela est vrai, mais en partie seulement, car aucun animateur n’est placé d’avance et à jamais dans un genre donné d’animation. L’important pour chacun est de savoir quelles sont ses tendances et au besoin, de veiller à les corriger.

Trois styles d’animateurs sont ici analysés:

  • l’animateur autoritaire;
  • l’animateur démocratique;
  • l’animateur débonnaire ou partisan du laisser-faire.

GRILLE D’ANALYSE

Le tableau qui suit est schématique et un peu caricatural. Dans la réalité, personne n’a de personnalité aussi tranchée. Chacun y mettra les nuances appropriées.

 

Aspects relevant du rôle
de l’animateur
Animateur autoritaire Animateur démocratique Animateur débonnaire
Cadre de la rencontre (local, table, chaises...) Prévoit tout à l’avance. N’en discute guère avec le groupe. Prévoit certaines choses à l’avance. En discute avec le groupe pour faire des améliorations ou des changements selon les désirs exprimés. A part le lieu de rencontre, ne prévoit à peu près rien.
Choix de l’objectif Appelle le groupe à discuter d’un objectif déjà choisi et qu’il ne soumet pas au choix de celui-ci. Par la suite, très strict sur la fidélité à cet objectif tel que lui le comprend. En cas de désaccord dans le groupe, tend à imposer sa perception. Demande au groupe de formuler ses objectifs; aide le groupe à choisir de la façon la plus éclairée; c’est le groupe qui décide.

Une fois le choix fait, maintient fermement le groupe dans l’objectif choisi. Donne à chacun sa chance d’exprimer sa perception de l’objectif.

Ayant posé la question de façon très générale, laisse le groupe aller à sa guise. L’objectif retenu risque de n’être pas vraiment choisi par le groupe, mais imposé aux autres par les leaders naturels du groupe. D’où des frustrations chez certains membres du groupe.
Choix des procédures et des activités Prévoit à l’avance les procédures et activités. En informe le groupe, mais sans demander d’autres suggestions. N’accepte pas de déviance...ce qui provoque souvent des départs. Propose un éventail de procédures et d’activités possibles. En sollicite d’autres. Aide le groupe à faire son choix. Une fois le choix fait, maintient le groupe dans ce choix de façon ferme et souple. Ne pense guère à proposer des procédures et des activités. S’il le fait c’est de façon très vague. Le groupe est «réquisitionné» par les leaders, même si cela ne convient pas à tous. D’où des frustrations chez certains.
Relations dans le groupe Membres du groupe centrés sur l’animateur, mais peu de communication entre eux. Climat tendu à la longue, mais on a l’impression d’être efficace. Beaucoup d’hostilité et d’agressivité. Certains membres sont transformés en boucs émissaires. Communication à multiples sens: de l’animateur aux membres: des membres entre eux et vice-versa: après un départ qui a pu paraître lent, s’installe un climat détendu de confiance et d’amitié, source de véritable efficacité. Climat de «happening» par moments. Formation de clans. Isolement de certains membres. Impression de tourner en rond et de perdre son temps.
Participation L’animateur mène tout, fait tout, règle tout. Les membres font ce que l’animateur leur dit de faire, sans initiative de leur part. L’animateur remplit son rôle d’animateur, les autres jouent leur rôle de membres. Répartition des tâches faite ensemble. Tous les membres prennent des initiatives et ont des responsabilités. L’animateur laisse faire. Initiatives de certains membres (leaders); passivité des autres.
Évaluation L’animateur a tendance à fuir l’évaluation et à ne pas lui accorder d’importance. S’il y est obligé, il impose sa façon à lui de la faire et évite les remises en question de son rôle et de ses attitudes. Il a plutôt peur des réactions du groupe. L’animateur attache une grande importance à l’évaluation; il en choisit les mécanismes avec le groupe de façon à ce que tous les domaines possibles soient évalués. Il n’en a pas peur, car même en cas d’évaluation négative de ses attitudes par le groupe, il y voit avant tout une occasion de se perfectionner. L’animateur ne pense pas à l’évaluation. S’il le fait, c’est de façon très générale et superficielle. Ce qui finalement n’apprend rien à personne.

Source: Beauchamp A., Graveline R., Quiviger C., Comment animer un groupe, Les éditions de l’Homme, Montréal, 1976

 

Une méthode d'évaluation

Trop souvent, l’évaluation est associée à la seule cueillette d’informations très partielles sur ce que les participants ont aimé ou pas aimé.

Il existe une méthode ORID qui fait simplement une évaluation plus en profondeur. Chaque lettre renvoie à un niveau distinct.

O    Pour les faits objectifs :
        Correspond à la question «Qu'avons-nous fait ou vu ou dit?»

R    Pour reflet :
        Correspond aux questions sur les émotions «Qu’avez-vous aimé ou pas aimé?»
        «Qu’est-ce qui vous a choqué ou plu?» «Quand avez-vous décroché?»

I    Pour interprétation :
        «Quelle valeur ou importance accordez-vous à ce projet, cette formation?»
        «Quel sens donnez-vous à ce que nous venons de faire?»
        «Qu’est-ce que cela signifie pour vous?»

D    Pour décision :
        «Qu’est-ce que vous comptez faire avec cela maintenant?»
        «En quoi ce que nous venons de voir va-t-il vous servir?»
        «Comment allez-vous donner suite à ce que vous avez appris ou fait?»
        «Qu’est-ce que vous mettrez en pratique?»

CAP Santé Outaouais, autorise la reproduction de ce texte.
Nous vous demandons, par contre, d’identifier la source ainsi :
Source : « Reproduit avec l'autorisation de CAP Santé Outaouais, www.capsante-outaouais.org ».

RÉFÉRENCES

Beauchamp, A., Graveline, R. et Quiviger, C. (1976). Comment animer un groupe, Montréal : Les Éditions de l’Homme.

Bédard, Jean, La relation d’entraide, Édition de Mortagne, 1985

Blanchet, L. et al., La prévention et la promotion en santé mentale, Éditeur Gaëtan Morin, 1993

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Guay, Jérôme, L’intervenant professionnel face à l’aide naturel, Éditeur Gaëtan Morin, 1984

Hétu, Jean-Luc, La relation d’aide: Éléments de base et guide de perfectionnement, Éditeur Gaëtan Morin, 1990

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St-Arnaud, Yves, Les petits groupes, participation et communication, Les Presses de l’Université de Montréal, 1989.